Le modèle allemand résiste à la poussée des investisseurs. Le Bundeskartellamt, l’autorité fédérale allemande de la concurrence, a conclu que la célèbre règle du « 50+1 », qui garantit aux clubs et à leurs membres la majorité des droits de vote, pouvait être compatible avec le droit de la concurrence. Une décision importante pour la Bundesliga, même si l’autorité réclame encore des ajustements concernant plusieurs clubs aux structures particulières.
C’est l’une des grandes singularités du football allemand. Contrairement à ce qui se pratique dans plusieurs grands championnats européens, un investisseur extérieur ne peut normalement pas prendre seul le contrôle d’un club professionnel.
Le principe du 50+1 impose que le club historique conserve la majorité des droits de vote lorsque son activité professionnelle est transférée dans une société. Concrètement, les membres du club – et donc très souvent ses supporters – doivent garder le dernier mot sur les décisions essentielles.
Après une procédure engagée dès 2018 à la demande de la DFL, le Bundeskartellamt a désormais livré son appréciation finale : il ne voit pas de raison d’interdire le principe même du 50+1 au regard du droit de la concurrence.
En Allemagne, la règle des 50 + 1 sur la détention des clubs de football par les supporters déclarée conforme par l’autorité de la concurrence
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Pourquoi le 50+1 est-il si important en Allemagne ?
L’autorité allemande considère que la limitation du pouvoir des investisseurs peut être justifiée par un objectif particulier : préserver le caractère associatif des clubs et permettre à une large partie de la population de participer aux décisions du football professionnel. Le président du Bundeskartellamt, Andreas Mundt, estime ainsi que cet objectif peut légitimer la règle, à condition qu’elle soit appliquée de manière cohérente. 1
Le fonctionnement est relativement simple. Lorsqu’un club professionnel est exploité par une société distincte, son association mère doit normalement conserver 50 % des voix plus une. Un investisseur peut donc injecter des sommes considérables et posséder une participation importante sans nécessairement disposer du contrôle politique du club.
Cette philosophie explique en partie pourquoi les supporters allemands disposent d’une influence particulièrement forte dans la gouvernance de leurs équipes. Elle distingue aussi la Bundesliga de la Premier League, où des propriétaires privés ou des fonds d’investissement peuvent contrôler entièrement les clubs.
Pour ses défenseurs, le système protège l’identité des équipes, limite les prises de contrôle purement financières et maintient les supporters au centre de la gouvernance. Ses détracteurs considèrent au contraire qu’il peut freiner l’arrivée de capitaux et handicaper financièrement les clubs allemands face aux puissances anglaises ou à certains géants européens.
Leverkusen, Wolfsburg, Leipzig : le dossier n’est pas totalement refermé
La décision ne signifie toutefois pas que le système actuel est validé sans réserve. C’est précisément l’existence de situations différentes entre les clubs qui continue de poser problème.
Bayer Leverkusen et le VfL Wolfsburg bénéficient historiquement de structures particulières liées respectivement à Bayer et Volkswagen. L’autorité estime que les dispositions envisagées jusqu’ici pour protéger durablement ces situations ne suffisent pas à garantir, à terme, des conditions de concurrence comparables entre tous les clubs.
Le fonctionnement du RB Leipzig fait également partie des points sensibles. Le Bundeskartellamt insiste notamment sur la nécessité que les clubs offrent réellement aux supporters la possibilité de devenir membres ordinaires avec des droits de vote. Autrement dit, conserver formellement le 50+1 ne suffit pas si l’accès au pouvoir associatif reste trop difficile dans la pratique.
La DFL va donc devoir poursuivre son travail réglementaire afin d’assurer une application plus uniforme du modèle. Mais sur le principe, le 50+1 ressort considérablement renforcé de cette longue bataille juridique.
Pour les supporters allemands attachés à ce système, l’essentiel est là : la Bundesliga ne va pas être contrainte par l’autorité de la concurrence d’ouvrir totalement ses clubs aux investisseurs privés. Le modèle allemand, régulièrement contesté à l’heure où les capitaux internationaux prennent une place toujours plus importante dans le football européen, conserve donc son socle.
Une victoire importante pour une certaine conception du football : celle selon laquelle investir dans un club ne doit pas nécessairement donner le pouvoir absolu sur celui-ci.

