Pelé y est devenu immortel. Maradona y a défié les lois du football. Des finales de Coupe du monde, des matchs entrés dans la légende et des scènes gravées dans la mémoire collective s’y sont déroulés. Plus qu’un stade, l’Estadio Azteca est un monument vivant de l’histoire du ballon rond. Retour sur dix événements qui ont forgé sa légende.
1. L’inauguration du géant de Mexico (1966)
Lorsque l’Estadio Azteca ouvre ses portes le 29 mai 1966, le football mondial découvre une enceinte hors normes. Construit dans le sud de Mexico après quatre années de travaux, le stade impressionne immédiatement par ses dimensions et sa capacité dépassant les 100 000 spectateurs.
Le match inaugural oppose le Club América au Torino FC devant une foule immense. Mais ce n’est pas seulement un stade qui voit le jour. Le Mexique affiche alors ses ambitions internationales à quelques années de l’organisation de la Coupe du monde 1970.
Dans un pays où le football gagne chaque année en popularité, l’Azteca devient instantanément un symbole national. Peu imaginent alors que cette enceinte accueillera certains des moments les plus mythiques de l’histoire du sport.
2. Le Mexique ouvre son Mondial devant son peuple (1970)
Le 31 mai 1970, l’Estadio Azteca entre officiellement dans l’histoire de la Coupe du monde. Plus de 107 000 spectateurs remplissent les tribunes pour assister au match d’ouverture entre le Mexique et l’Union soviétique.
Le score final (0-0) n’offre pas un spectacle mémorable, mais l’événement dépasse largement le résultat. Pour la première fois, le football mondial découvre un tournoi organisé en Amérique du Nord. Les images du stade rempli font le tour de la planète.
Le contexte est également particulier. La FIFA expérimente de nouvelles innovations télévisuelles destinées à rendre la compétition plus attractive. L’Azteca devient alors la vitrine d’un football moderne qui s’apprête à entrer dans une nouvelle dimension médiatique.
3. Italie – Allemagne : le « Match du siècle » (1970)
Le 17 juin 1970, l’Estadio Azteca accueille ce que beaucoup considèrent encore comme le plus grand match de l’histoire de la Coupe du monde.
L’Italie mène 1-0 jusqu’aux dernières secondes avant que Karl-Heinz Schnellinger n’égalise pour l’Allemagne de l’Ouest. La prolongation qui suit devient complètement folle. Cinq buts sont inscrits en trente minutes. Les deux équipes se répondent coup pour coup dans une intensité rarement vue à ce niveau.
Lorsque l’arbitre siffle la fin du match sur le score de 4-3 pour l’Italie, les joueurs sont épuisés et les spectateurs conscients d’avoir assisté à quelque chose d’unique.
Une plaque commémorative installée dans le stade rappelle encore aujourd’hui ce « Match du siècle », devenu un monument du patrimoine footballistique mondial.
4. Pelé devient le roi absolu du football (1970)
Quatre jours après le « Match du siècle », l’Estadio Azteca accueille une autre page d’éternité. Le Brésil affronte l’Italie en finale de la Coupe du monde.
Portés par Pelé, Jairzinho, Tostão et Rivelino, les Brésiliens livrent une démonstration de football offensif. Le score final de 4-1 ne reflète même pas totalement leur domination.
Pelé ouvre le score d’une tête magistrale avant de participer à l’action du quatrième but, conclu par Carlos Alberto après l’une des plus belles séquences collectives de l’histoire.
En soulevant le trophée, Pelé devient le premier joueur à remporter trois Coupes du monde. Cette image demeure l’une des plus célèbres jamais capturées dans un stade de football.
5. Jean-Paul II transforme l’Estadio Azteca en cathédrale géante (1979)
Si l’Estadio Azteca est avant tout un temple du football, il a parfois accueilli des événements dépassant le cadre sportif.
Le 26 janvier 1979, le pape Jean-Paul II célèbre une messe géante devant plus de 100 000 fidèles. L’événement est retransmis dans toute l’Amérique latine et marque profondément le Mexique, pays où la foi catholique occupe une place centrale.
Jamais le stade n’avait connu une atmosphère semblable. Les chants religieux remplacent les encouragements des supporters et l’enceinte devient, le temps d’une journée, un immense lieu de recueillement.
Cette visite historique démontre que l’Azteca est devenu bien plus qu’un simple stade : un symbole culturel capable de rassembler toute une nation.
6. La naissance mondiale de la « Ola » (1986)
Durant la Coupe du monde 1986, les tribunes de l’Azteca vont offrir au football un héritage inattendu.
Au fil des rencontres, les spectateurs commencent à se lever successivement en créant une vague humaine qui fait le tour du stade. Le phénomène amuse les télévisions du monde entier.
Très vite, cette animation devient l’une des images emblématiques du tournoi. Baptisée « Ola » au Mexique, elle est ensuite reprise dans tous les continents.
Quarante ans plus tard, des stades européens aux enceintes sud-américaines, cette tradition continue d’animer les tribunes. Peu de supporters savent pourtant que ce geste universel est né sous le ciel de Mexico, dans les gradins de l’Azteca.
7. La « Main de Dieu » de Maradona (1986)
Le 22 juin 1986, l’Argentine et l’Angleterre s’affrontent dans un contexte encore marqué par la guerre des Malouines.
À la 51e minute, Diego Maradona surgit dans la surface anglaise. En duel avec Peter Shilton, il touche le ballon de la main avant de l’envoyer dans les filets.
L’arbitre valide le but malgré les protestations anglaises. Quelques années plus tard, Maradona qualifiera lui-même cette action de « Main de Dieu ».
Cette séquence controversée est devenue l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire du sport. Et comme souvent lorsqu’il s’agit de Diego, l’histoire n’était pas encore terminée…
8. Quatre minutes plus tard, Maradona inscrit le « But du siècle »
Comme souvent dans les grandes légendes du football, le destin a parfois le sens du scénario. Quatre minutes seulement après la polémique de la « Main de Dieu », Diego Maradona réalise ce que beaucoup considèrent encore comme le plus beau but jamais inscrit en Coupe du monde.
Nous sommes à la 55e minute. Maradona récupère le ballon dans sa moitié de terrain. En quelques secondes, il élimine Peter Beardsley, Peter Reid, Terry Butcher, Terry Fenwick puis contourne le gardien Peter Shilton avant de conclure du pied gauche. En onze secondes, l’Argentin parcourt plus de cinquante mètres et laisse derrière lui une défense anglaise complètement dépassée.
Dans les tribunes de l’Azteca, plus de 114 000 spectateurs assistent à une œuvre d’art footballistique. En 2002, à l’issue d’un vote organisé par la FIFA, cette réalisation est officiellement élue « But du siècle ». Une plaque commémorative rappelle aujourd’hui encore l’endroit exact où le génie argentin a écrit cette page d’éternité.
9. Maradona soulève la Coupe du monde dans une finale inoubliable (1986)
Une semaine après son chef-d’œuvre contre l’Angleterre, Diego Maradona revient sur la pelouse de l’Azteca pour le rendez-vous le plus important de sa carrière. Le 29 juin 1986, l’Argentine affronte l’Allemagne de l’Ouest en finale de la Coupe du monde.
Les Argentins prennent rapidement l’avantage grâce à José Luis Brown puis Jorge Valdano. À vingt minutes de la fin, ils mènent 2-0 et semblent se diriger vers un succès tranquille. Mais l’Allemagne refuse d’abdiquer. Karl-Heinz Rummenigge puis Rudi Völler égalisent et plongent le stade dans une tension incroyable.
C’est alors que Maradona délivre une passe lumineuse à Jorge Burruchaga. L’attaquant file au but et offre la victoire à l’Argentine (3-2). Lorsque le capitaine albiceleste soulève la Coupe du monde sous le ciel de Mexico, l’image devient instantanément l’une des plus célèbres de l’histoire du football. Pour beaucoup, c’est l’instant où Maradona rejoint définitivement Pelé au sommet du panthéon mondial.
10. L’Estadio Azteca, premier stade de l’histoire à accueillir trois Coupes du monde (2026)
Le 11 juin 2026, l’Azteca ajoute un nouveau chapitre à une histoire déjà extraordinaire. En accueillant le match d’ouverture de la Coupe du monde entre le Mexique et l’Afrique du Sud, il devient le premier stade de l’histoire à être utilisé lors de trois éditions différentes du tournoi mondial.
Aucune autre enceinte n’avait réussi un tel exploit. Ni Wembley, ni le Maracanã, ni San Siro, ni le Santiago Bernabéu. L’Azteca entre ainsi dans une catégorie à part.
L’événement symbolise également la capacité du stade à traverser les générations. Les supporters présents en 2026 marchent dans les pas de ceux qui ont vu Pelé triompher en 1970 ou Maradona illuminer le tournoi en 1986. Entre modernisation des infrastructures et respect de son héritage, l’Azteca continue d’écrire son histoire tout en préservant son âme.
Un monument que le football ne reverra sans doute jamais
Il existe des stades prestigieux. D’autres sont mythiques. Mais très peu peuvent prétendre avoir changé le cours de l’histoire du football. L’Azteca appartient à cette catégorie rarissime.
Pelé y a remporté sa troisième Coupe du monde. Maradona y a inscrit les deux buts les plus célèbres de tous les temps. L’Italie et l’Allemagne y ont disputé le « Match du siècle ». La célèbre « Ola » y est née. Et en 2026, il est devenu le premier stade à accueillir trois Coupes du monde.
Au fil des décennies, ses tribunes ont vu défiler les plus grands joueurs de la planète, des millions de supporters et certains des moments les plus intenses jamais vécus dans un stade. Plus qu’une enceinte sportive, l’Azteca est devenu une archive vivante du football mondial.
À l’heure où de nouveaux stades ultramodernes sortent de terre partout sur la planète, une question demeure : verra-t-on un jour une autre enceinte capable d’accumuler autant de légendes entre ses murs ?

