L’abandon de FIFA Forward Enterprise n’a pas mis fin à la guerre entre l’UEFA et Gianni Infantino. Bien au contraire. Après avoir réclamé des comptes sur la gouvernance de la FIFA, pour l’instance européenne Infantino menacé de poursuites judiciaire. Elle aurait également demandé au président de la FIFA et aux personnes impliquées dans le projet controversé de préserver l’ensemble des documents et communications liés à l’opération.
La pression monte encore d’un cran autour de Gianni Infantino. Quelques jours seulement après la fronde des 55 fédérations européennes et l’abandon spectaculaire du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), l’UEFA prépare désormais le terrain à une éventuelle bataille judiciaire.
Selon les informations du Telegraph, l’instance européenne a adressé une mise en demeure à plusieurs protagonistes de l’affaire, dont Gianni Infantino. Joshua Kushner, fondateur de Thrive Capital et frère de Jared Kushner, serait également concerné. L’objectif : obtenir la conservation de tous les éléments susceptibles d’éclairer les conditions dans lesquelles le projet FFE a été préparé.
L’UEFA menacerait Gianni Infantino et la FIFA de poursuites judiciaires après son projet avorté de vente de la Coupe du monde
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— L’ÉQUIPE
2 août 2026
L’UEFA demande que les preuves soient conservées
La démarche change considérablement la nature du conflit. Jusqu’ici, l’UEFA combattait FIFA Forward Enterprise sur le terrain politique. Elle avait dénoncé un projet préparé sans consultation suffisante et menacé de boycotter les compétitions organisées par la FIFA si des investisseurs privés entraient au capital de la nouvelle société.
Désormais, le dossier pourrait se déplacer devant les tribunaux.
D’après la presse britannique, une lettre juridique a été envoyée vendredi afin que les personnes concernées ne détruisent ni ne modifient les documents relatifs au projet. Courriels, messages, présentations, contrats préparatoires ou autres échanges pourraient ainsi devenir importants dans l’hypothèse d’une procédure.
Cette demande de conservation ne signifie pas qu’une action en justice a déjà été déposée ni que des faits illégaux ont été établis. Elle permet en revanche à l’UEFA de protéger d’éventuelles preuves si elle décidait ultérieurement d’engager une procédure.
Le Financial Times confirme que l’instance européenne menace d’une action juridique concernant le projet avorté de commercialisation d’une partie des activités de la FIFA.
Pour l’UEFA, l’enjeu consiste désormais à comprendre précisément comment une opération aussi importante a pu être préparée et portée aussi loin sans véritable consultation des principales parties prenantes du football mondial.
Joshua Kushner au cœur des interrogations
FIFA Forward Enterprise devait permettre à la FIFA de regrouper ses principales activités commerciales et événementielles au sein d’une nouvelle société. L’objectif annoncé était d’attirer des capitaux privés afin de financer massivement le développement du football.
Le projet envisageait la vente d’une participation minoritaire, potentiellement autour de 20 %, dans une structure dont la valorisation pouvait atteindre environ 20 milliards de dollars.
Un élément avait particulièrement alimenté la controverse : Thrive, la société d’investissement fondée par Joshua Kushner, avait été associée au processus destiné à réunir des investisseurs privés.
Pour l’UEFA, l’opacité entourant cette opération posait un problème fondamental. Dès le début de la crise, l’instance européenne avait résumé sa position par une formule particulièrement forte :
« Aucun de nous n’est propriétaire du football. Ce n’est pas à la FIFA de le vendre. »
La contestation avait rapidement dépassé les frontières européennes. La CONCACAF avait exprimé ses profondes réserves, avant que la Confédération asiatique ne rejoigne également le mouvement d’opposition.
Face au risque d’une fracture majeure du football mondial, Infantino avait finalement abandonné FIFA Forward Enterprise.
Mais ce recul n’a pas suffi. L’UEFA ne réclame plus seulement la disparition du projet : elle souhaite connaître les responsabilités dans sa conception et déterminer précisément quelles discussions ont eu lieu avec les investisseurs potentiels.
Infantino menacé de poursuites judiciaire
Ce nouveau développement intervient alors que la position politique de Gianni Infantino s’est brutalement fragilisée.
Quelques heures auparavant, la presse britannique révélait déjà que des dirigeants européens souhaitaient son départ. Selon The Telegraph, l’hypothèse d’une démission ou d’une offensive destinée à provoquer un vote de défiance est désormais évoquée.
La Fédération allemande a publiquement dénoncé une méthode jugée unilatérale et opaque. La Fédération néerlandaise a également fait savoir qu’elle avait perdu confiance dans le leadership actuel de la FIFA. Plusieurs fédérations européennes demandent désormais une révision beaucoup plus large du fonctionnement de l’instance mondiale.
Michel Platini est lui aussi intervenu dans cette bataille. L’ancien président de l’UEFA a personnellement appelé Aleksander Čeferin pour le féliciter après la menace de boycott formulée par les 55 fédérations européennes.
L’abandon de FIFA Forward Enterprise, qui aurait pu permettre à Infantino de refermer rapidement la crise, semble donc avoir produit l’effet inverse. Chaque nouvelle révélation déplace désormais le débat vers les conditions dans lesquelles le projet a été élaboré.
Et l’UEFA ne paraît pas disposée à passer à autre chose. Infantino menacé de poursuites judiciaire
Une crise désormais politique, financière et judiciaire
Depuis le début de l’affaire, trois étapes se sont succédé à une vitesse impressionnante.
D’abord, l’UEFA a rejeté le principe même d’une ouverture du capital des activités liées aux compétitions de la FIFA. Ensuite, ses 55 fédérations ont brandi la menace d’un boycott des compétitions internationales. Face à la mobilisation, Infantino a retiré son projet.
Désormais vient la troisième phase : celle des responsabilités.
La question n’est donc plus seulement de savoir si FIFA Forward Enterprise verra le jour. La réponse est, à ce stade, non. L’enjeu consiste maintenant à déterminer comment le projet a été conçu, qui a participé aux discussions et quelles garanties avaient éventuellement été données aux investisseurs.
L’UEFA pourrait ainsi chercher à obtenir une transparence totale sur les échanges intervenus avant l’annonce du projet.
Pour Gianni Infantino, le calendrier est particulièrement délicat. Le président de la FIFA se préparait encore récemment à une nouvelle élection avec un soutien très important parmi les 211 fédérations membres. La crise FFE a soudainement ouvert une brèche dans un pouvoir qui semblait solidement installé.
Après le boycott, les appels à la démission et la menace d’un vote de défiance, voici désormais planer le risque de poursuites judiciaires.
FIFA Forward Enterprise est officiellement abandonné. Mais l’affaire qui porte son nom, elle, semble loin d’être terminée. Infantino menacé de poursuites judiciaire

