La crise ouverte entre la FIFA et l’UEFA vient de connaître un nouveau tournant spectaculaire. En moins de 24 heures, Gianni Infantino a abandonné son projet FIFA Forward Enterprise face à une fronde internationale, mais ce recul n’a pas suffi à calmer ses opposants. Selon The Telegraph, des responsables européens veulent désormais son départ et envisagent, à défaut, un vote de défiance. FootLégende fait le point sur une journée qui pourrait avoir profondément changé l’équilibre du pouvoir dans le football mondial.
Il y a encore quelques jours, Gianni Infantino semblait presque intouchable. La Coupe du monde 2026 venait de s’achever, la FIFA célébrait un tournoi extrêmement lucratif et son président disposait d’environ 200 lettres de soutien de fédérations membres en vue de l’élection présidentielle de mars 2027. Quelques jours ont suffi pour bouleverser le paysage.
Au cœur de la tempête : FIFA Forward Enterprise (FFE). Le projet prévoyait de regrouper une partie des activités commerciales de la FIFA dans une nouvelle société et d’en céder environ 20 % à des investisseurs privés. L’opération devait permettre de lever quelque 4,2 milliards de dollars sur la base d’une valorisation avoisinant 20 milliards.
Mais la méthode employée, le calendrier et surtout l’idée de permettre à des investisseurs privés de bénéficier indirectement des revenus futurs de la Coupe du monde ont provoqué une réaction en chaîne. L’UEFA, la CONCACAF et l’AFC se sont opposées au projet. Les 55 fédérations européennes étaient même prêtes à boycotter les compétitions de la FIFA si celui-ci était maintenu.
Infantino abandonne FIFA Forward Enterprise
Face à une opposition devenue quasiment impossible à contenir, Gianni Infantino a finalement reculé. Dans la nuit de vendredi à samedi, le président de la FIFA a annoncé l’abandon de FIFA Forward Enterprise.
« Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions qui, quel que soit le niveau de soutien, ne servent plus l’objectif initialement fixé. »
Un spectaculaire changement de cap. Quelques heures auparavant, la FIFA défendait encore son projet et promettait de poursuivre les consultations avec ses 211 associations membres.
La pression était toutefois devenue considérable. Outre l’opposition de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de l’Asie, Infantino avait vu apparaître une contestation au sein même de son organisation. Son conseiller Carlos Cordeiro a quitté ses fonctions en dénonçant le projet, tandis que le directeur des opérations Kevin Lamour a publiquement défendu les collaborateurs de la FIFA opposés à la réforme.
L’abandon du projet constitue donc une victoire spectaculaire pour Aleksander Čeferin et l’UEFA. Michel Platini avait d’ailleurs personnellement appelé le président de l’instance européenne pour le féliciter de sa fermeté face à Infantino.
Mais contrairement à ce que pouvait espérer le président de la FIFA, retirer FIFA Forward Enterprise n’a pas refermé le dossier.
L’UEFA ne veut plus seulement enterrer le projet
Dans une déclaration particulièrement sévère publiée samedi, l’UEFA a indiqué avoir perdu confiance dans la direction actuelle de la FIFA. Pour l’instance européenne, la crise ne concerne désormais plus uniquement FIFA Forward Enterprise, mais la manière dont Gianni Infantino gouverne le football mondial.
« Nous ne pouvons pas continuer ainsi, avec des projets secrets accélérés selon des calendriers précipités, conçus par des individus sans visage et dont les bénéfices pour le football sont douteux. »
L’UEFA réclame désormais un examen « approfondi et fondamental » de la gouvernance de la FIFA. Elle estime également que les personnes responsables de la préparation du projet doivent être identifiées.
La Fédération anglaise a immédiatement apporté son soutien à cette position. Aux Pays-Bas, la KNVB est allée encore plus loin en affirmant ne plus avoir confiance dans le leadership d’Infantino. Le président de la Fédération allemande, Bernd Neuendorf, a de son côté accusé le patron de la FIFA d’avoir agi de manière « unilatérale, opaque et finalement irresponsable ».
La fronde prend donc désormais une dimension personnelle.
L’UEFA reproche notamment à Infantino d’avoir trahi les engagements de transparence qu’il avait lui-même formulés lorsqu’il était candidat à la présidence de la FIFA en 2016. L’instance européenne estime que la tentative de création de FIFA Forward Enterprise représente précisément le type de gouvernance opaque contre lequel le dirigeant suisse avait promis de lutter lors de son arrivée au pouvoir.
Elle souhaite également remettre à plat le programme FIFA Forward. Infantino voulait utiliser l’ouverture du capital de FFE pour augmenter considérablement les sommes distribuées aux fédérations. L’UEFA considère qu’il existe déjà suffisamment de réserves financières au sein de la FIFA pour augmenter l’aide au football mondial sans céder une partie de ses activités commerciales.
Démission ou vote de défiance : Infantino joue désormais sa présidence
C’est le développement le plus spectaculaire de ces dernières heures. Selon The Telegraph, certains responsables de l’UEFA veulent désormais obtenir le départ de Gianni Infantino. Le message transmis au président de la FIFA serait particulièrement clair : partir volontairement ou s’exposer à une offensive institutionnelle visant à remettre en cause son maintien à la tête de l’organisation.
La démission ou un vote de défiance ➡️ l.lequipe.fr/mwX
Après l’abandon du projet de vente de parts de la Coupe du monde, l’UEFA ne relâche pas la pression sur Gianni Infantino. L’instance européenne a appelé le dirigeant à démissionner selon The Telegraph, et le menace de faire face à un vote de défiance dans le cas contraire.
— L’ÉQUIPE
1er août 2026
La situation juridique est néanmoins plus complexe qu’un simple vote permettant de destituer immédiatement le président. Les statuts de la FIFA ne prévoient pas un mécanisme parlementaire classique permettant à l’UEFA, seule, de renverser Infantino. Une éventuelle offensive nécessiterait donc de construire une majorité beaucoup plus large parmi les 211 associations membres et d’utiliser les mécanismes prévus par les statuts de l’organisation.
Politiquement, en revanche, la menace est très sérieuse. Infantino préparait jusqu’ici sa réélection en mars 2027 et avait obtenu plus de 200 lettres de soutien. Ces engagements ne sont pas irrévocables. Surtout, la date limite pour déposer une candidature à la présidence de la FIFA est fixée au 18 novembre.
Les opposants disposent donc encore de plusieurs mois pour organiser une candidature concurrente.
Plusieurs noms circulent déjà. Victor Montagliani, président de la CONCACAF et vice-président de la FIFA, apparaît comme une possibilité crédible. Salman bin Ibrahim Al-Khalifa, président de l’AFC et adversaire malheureux d’Infantino lors de l’élection de 2016, est également cité. Nasser Al-Khelaïfi bénéficie quant à lui de soutiens importants en Europe, même si le président du PSG ne semblerait pas, à ce stade, particulièrement désireux de se lancer dans la bataille.
L’équation électorale mérite d’être surveillée. L’Europe dispose de 55 voix. L’Asie et la CONCACAF, également opposées à FIFA Forward Enterprise, représentent ensemble plusieurs dizaines de fédérations supplémentaires. Une coalition suffisamment large pourrait donc transformer une réélection qui semblait promise à Infantino en véritable bataille politique.
La plus grave crise de l’ère Infantino
L’abandon de FIFA Forward Enterprise aurait pu être présenté comme la conclusion de la crise. Il pourrait finalement n’en être que le début.
L’UEFA considère elle-même que le retrait du projet constitue « une victoire pour l’ensemble du football », tout en prévenant que l’affaire ne peut pas s’arrêter là. Son objectif est désormais de comprendre comment une réforme d’une telle ampleur a pu être préparée sans consultation suffisante et arriver aussi près de sa mise en œuvre.
Gianni Infantino se retrouve ainsi dans une position inimaginable au soir de la finale du Mondial 2026. En l’espace de deux semaines, le président qui semblait se diriger vers une nouvelle réélection sans opposition a dû abandonner son grand projet économique, affronter la rébellion de plusieurs confédérations et voir apparaître publiquement la question de son départ.
La prochaine bataille ne portera donc peut-être plus sur FIFA Forward Enterprise. Elle pourrait tout simplement déterminer qui dirigera la FIFA après cette crise. Et pour la première fois depuis longtemps, Gianni Infantino n’apparaît plus comme l’homme intouchable du football mondial.

