Le projet FIFA Forward Enterprise a provoqué une onde de choc bien au-delà des bureaux de Zurich et de Nyon. Après la menace de boycott formulée par l’UEFA, puis l’abandon du projet de vente de parts dans les activités commerciales de la Coupe du monde, plusieurs grandes figures du football ont pris position dans cette crise FIFA-UEFA . Michel Platini, Gary Lineker, Sepp Blatter et Stuart Pearce ont dénoncé, chacun à leur manière, la stratégie de Gianni Infantino. Le silence d’Arsène Wenger, haut responsable de la FIFA, suscite également de nombreuses interrogations.
La crise de gouvernance qui secoue actuellement la FIFA n’est plus un simple conflit administratif entre deux institutions. Elle touche désormais à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient réellement la Coupe du monde ?
L’UEFA et ses 55 fédérations ont menacé de boycotter toutes les compétitions de la FIFA. La CONCACAF et la Confédération asiatique ont également rejeté la méthode employée. Face à cette fronde, Infantino a finalement retiré son projet. Ce recul n’a toutefois pas apaisé les critiques, plusieurs responsables européens réclamant désormais sa démission ou un vote de défiance.
Platini et Blatter soutiennent la révolte contre Infantino
Michel Platini n’a pas publié de long communiqué. Son geste n’en demeure pas moins politiquement très fort. Selon les informations de L’Équipe, l’ancien numéro 10 des Bleus et ancien président de l’UEFA a personnellement téléphoné à Aleksander Čeferin pour le féliciter après la menace de boycott décidée par l’ensemble des fédérations européennes.
Ce soutien s’inscrit dans la continuité de ses nombreuses critiques contre Gianni Infantino. En janvier 2026, le triple Ballon d’Or estimait déjà que le dirigeant avait éloigné l’institution de sa mission sportive.
« La FIFA devrait s’occuper du football, pas de politique. »
L’appel adressé à Čeferin confirme que Platini voit dans la mobilisation de l’UEFA une réponse nécessaire au projet FIFA Forward Enterprise. Il partage avec son successeur l’idée que la Coupe du monde doit rester placée sous la responsabilité des institutions sportives et ne pas devenir un produit financier.
Sepp Blatter, prédécesseur d’Infantino à la présidence de la FIFA, a lui aussi exprimé une opposition particulièrement nette. Celui qui a dirigé l’instance mondiale entre 1998 et 2015 estime que la FIFA ne dispose pas d’un droit de propriété absolu sur son tournoi phare.
« La FIFA est la gardienne de la Coupe du monde, pas sa propriétaire. »
Pour le Suisse, la compétition appartient au patrimoine culturel du football mondial. Elle ne peut donc pas devenir un produit d’investissement entre les mains de fonds privés cherchant nécessairement un rendement financier.
Sa prise de parole est évidemment chargée d’ironie. Blatter avait lui-même quitté la FIFA au cœur d’une crise institutionnelle majeure. Mais sur ce dossier précis, son analyse rejoint celle de l’UEFA : la mission de l’instance consiste à protéger la Coupe du monde, non à monétiser une partie de sa propriété future.
Gary Lineker et Stuart Pearce dénoncent une FIFA guidée par l’argent
En Angleterre, Gary Lineker a été l’une des anciennes stars les plus virulentes. L’ex-attaquant des Three Lions a relayé les informations concernant FIFA Forward Enterprise en affichant son profond dégoût face à la stratégie d’Infantino.
Sa position repose sur une idée simple : les institutions administrent le jeu, mais elles n’en sont pas propriétaires. Les supporters, les joueurs, les clubs amateurs et les communautés qui font vivre le football doivent rester au centre de toutes les décisions.
« Le football n’appartient pas aux investisseurs. Il appartient aux personnes qui remplissent les tribunes. »
Cette déclaration résume l’une des principales critiques adressées à FIFA Forward Enterprise. Même minoritaires, des investisseurs privés auraient attendu une rentabilité. Cette obligation aurait pu influencer le calendrier, le format des compétitions, le prix des billets, le nombre de rencontres et la recherche constante de nouveaux marchés.
Lineker redoute ainsi que la Coupe du monde perde progressivement sa nature sportive pour devenir une machine commerciale soumise aux exigences permanentes des actionnaires.
Stuart Pearce s’est également montré particulièrement critique envers la FIFA. L’ancien défenseur et capitaine de l’Angleterre a dénoncé une institution devenue, selon lui, incohérente dans sa manière de prendre ses décisions.
Ses critiques ne concernent pas uniquement FIFA Forward Enterprise. Pearce a également pointé la gestion disciplinaire du Mondial 2026 et les décisions prises autour de plusieurs polémiques survenues pendant le tournoi. À ses yeux, le projet de vente de parts ne représente pas un accident isolé, mais l’illustration d’un problème plus général de gouvernance.
L’ancien international anglais reproche notamment à la direction de Gianni Infantino de défendre des décisions commerciales très ambitieuses tout en manquant de fermeté et de constance dans les dossiers sportifs.
« La FIFA doit retrouver de la cohérence, de la transparence et une véritable autorité morale. »
Cette phrase résume l’esprit de son intervention : avant de rechercher plusieurs milliards auprès d’investisseurs, la FIFA doit d’abord restaurer la confiance des joueurs, des fédérations et du public.
Le silence embarrassant d’Arsène Wenger
La cinquième grande figure au centre des discussions n’a, pour le moment, formulé aucune critique publique. Et c’est précisément ce silence qui fait parler.
Arsène Wenger occupe depuis 2019 le poste de directeur du développement du football mondial à la FIFA. L’ancien entraîneur d’Arsenal est l’un des visages sportifs les plus prestigieux de l’administration Infantino.
Sa réputation repose sur une longue carrière consacrée au jeu, à la formation et à la défense d’une certaine idée du football. Pourtant, au plus fort de la crise FIFA-UEFA, le technicien français n’a pas publiquement commenté FIFA Forward Enterprise.
Cette absence de réaction a été dénoncée par plusieurs anciens joueurs et consultants britanniques. Tony Cascarino, ancien international irlandais, a notamment exprimé sa déception de voir Wenger rester en retrait alors qu’une question fondamentale pour l’avenir du football mondial était posée.
« J’aurais aimé entendre Arsène Wenger. Sa voix compte énormément dans le football. »
Le silence du Français est d’autant plus remarqué qu’il participe directement aux réflexions sur le calendrier, les compétitions et l’évolution du jeu. Ses détracteurs estiment qu’une personnalité de son envergure ne peut se contenter d’un rôle technique lorsque la gouvernance même de la FIFA est remise en question.
Wenger se trouve néanmoins dans une position délicate. Salarié de l’instance, il appartient à l’équipe dirigeante d’Infantino. Une critique publique l’aurait placé en confrontation directe avec son président. Son absence de réaction peut donc être interprétée comme une obligation de réserve, mais elle fragilise aussi son image d’homme indépendant.
Les légendes réclament un football protégé de ses dirigeants
Michel Platini, Sepp Blatter, Gary Lineker et Stuart Pearce ne possèdent ni le même parcours ni la même relation avec la FIFA. Leurs interventions convergent pourtant vers un même principe : les dirigeants du football ne doivent jamais se considérer comme les propriétaires du jeu.
La Coupe du monde génère des revenus considérables et finance une grande partie du développement du football international. Mais sa valeur ne peut pas être uniquement mesurée en milliards de dollars. Elle repose aussi sur son histoire, son universalité et l’attachement de générations entières de supporters.
Le retrait de FIFA Forward Enterprise constitue une première victoire pour les opposants à Infantino. Il ne règle cependant pas la question de la confiance. L’UEFA exige désormais une réforme profonde de la gouvernance et menace le président de la FIFA d’une contestation institutionnelle s’il refuse de quitter son poste.
Dans cette bataille, les paroles des anciennes gloires possèdent une forte portée symbolique. Elles rappellent que ceux qui ont écrit l’histoire de la Coupe du monde refusent de la voir réduite à une simple ligne dans le portefeuille d’investisseurs privés.
Quant à Arsène Wenger, son éventuelle prise de parole sera particulièrement attendue. Dans une crise où chacun est désormais sommé de choisir son camp, le silence peut lui aussi devenir une position politique.







