La crise autour de Gianni Infantino prend une dimension de plus en plus politique. Alors que plusieurs fédérations européennes commencent à lui retirer leur soutien après l’affaire FIFA Forward Enterprise, le président de la FIFA chercherait désormais l’appui de l’administration de Donald Trump pour consolider sa position. Une démarche particulièrement sensible au regard de la proximité affichée depuis plusieurs années entre les deux hommes.
Gianni Infantino cherche-t-il désormais son salut du côté de Washington ? Après avoir été contraint d’abandonner son projet controversé d’ouverture à des investisseurs privés d’une partie des activités commerciales de la FIFA, le dirigeant suisse voit la contestation se déplacer sur un terrain encore plus dangereux : celui de sa présidence.
Selon plusieurs médias, dont le New York Post, Infantino souhaiterait obtenir un soutien public de l’administration Trump afin de consolider sa position à la tête de l’instance mondiale. Le patron de la FIFA considérerait qu’une intervention politique forte en sa faveur pourrait l’aider au moment où certains de ses soutiens commencent à l’abandonner.
Sous pression malgré l’abandon de son projet de vente de parts de la Coupe du monde, Gianni Infantino souhaiterait solliciter de l’aide à l’administration Trump, d’après plusieurs médias.
Le président de la FIFA estime avoir besoin de soutien public pour garder sa place à la tête de l’instance ➡️ l.lequipe.fr/8sH
— L’ÉQUIPE
3 août 2026
Infantino chercherait un soutien politique à Washington
La démarche rapportée par la presse intervient dans une période extrêmement délicate pour le président de la FIFA. D’après plusieurs sources concordantes, Infantino aurait tenté de joindre Donald Trump alors que la contestation autour de FIFA Forward Enterprise prenait une ampleur internationale.
Le dirigeant souhaiterait désormais obtenir une manifestation publique de soutien de la part de l’administration américaine. L’objectif serait évident : montrer qu’il conserve des alliés puissants alors que l’UEFA accentue la pression et que certaines fédérations commencent à remettre en cause leur appui à sa prochaine candidature.
La proximité entre Infantino et Trump n’est pas nouvelle. Les deux hommes ont multiplié les rencontres dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde 2026. Quelques jours après la finale, Infantino avait encore salué le rôle des États-Unis et du président américain dans la réussite du tournoi.
Cette relation est néanmoins devenue un sujet particulièrement sensible dans le football européen. Durant le Mondial, plusieurs responsables politiques avaient déjà réclamé des explications sur l’influence potentielle de Washington dans certaines décisions de la FIFA.
Solliciter aujourd’hui l’administration Trump pour défendre politiquement sa présidence risquerait donc d’alimenter précisément les accusations dont Infantino cherche à se débarrasser : celles d’une FIFA trop proche du pouvoir politique.
L’Angleterre commence à lâcher Infantino
Cette recherche supposée de soutien intervient surtout au moment où le rapport de force commence à évoluer au sein des 211 associations membres de la FIFA.
Selon The Telegraph, la Fédération anglaise a décidé de retirer son soutien à la réélection d’Infantino. La FA doit formaliser sa décision par écrit. Le pays de Galles a également pris ses distances avec le dirigeant.
Ces décisions peuvent sembler symboliques prises individuellement. Elles deviennent beaucoup plus dangereuses si elles déclenchent un effet domino.
Avant l’affaire FIFA Forward Enterprise, Infantino semblait disposer d’une autoroute vers une nouvelle victoire électorale. La situation est désormais beaucoup plus incertaine. Des responsables anglais chercheraient notamment à convaincre des fédérations africaines et asiatiques de rejoindre une coalition susceptible de contester sa présidence.
L’Europe ne pourrait en effet pas renverser seule le rapport de force. Avec ses 55 associations, l’UEFA constitue un bloc considérable, mais la FIFA compte 211 membres disposant chacun d’une voix lors de l’élection présidentielle.
Pour réellement menacer Infantino, ses adversaires doivent donc transformer la révolte européenne en coalition internationale.
Le paradoxe Trump devient explosif pour la FIFA
C’est ici que la stratégie prêtée à Infantino devient particulièrement risquée.
La crise FIFA-UEFA est née d’une accusation centrale : un manque de transparence dans la préparation de FIFA Forward Enterprise et une concentration excessive du pouvoir autour de la présidence.
L’UEFA estime que le projet d’ouverture aux capitaux privés a été développé sans consultation suffisante des principales parties prenantes. Elle réclame désormais des explications sur les personnes impliquées, les investisseurs approchés et les discussions ayant précédé son abandon.
L’instance européenne menace même la FIFA de poursuites judiciaires. Des demandes de conservation des documents et communications liés au projet auraient déjà été transmises afin de préserver d’éventuels éléments de preuve.
Dans ce contexte, chercher l’intervention d’un gouvernement étranger pour consolider une présidence sportive serait politiquement explosif.
D’autant que la proximité entre Trump et Infantino avait déjà suscité une polémique pendant le Mondial 2026. Des parlementaires européens avaient notamment demandé qu’une enquête examine une éventuelle influence de l’administration américaine dans l’affaire Folarin Balogun.
Infantino avait alors défendu l’indépendance des organes de la FIFA.
Une intervention publique de Donald Trump en sa faveur quelques semaines plus tard offrirait donc à ses adversaires un nouvel argument particulièrement puissant.
Infantino joue désormais sa survie politique
La vitesse avec laquelle la situation s’est détériorée est spectaculaire.
Il y a quelques semaines encore, Gianni Infantino sortait renforcé d’une Coupe du monde 2026 record et semblait presque intouchable. Puis FIFA Forward Enterprise a été dévoilé.
L’UEFA s’est opposée au projet. La CONCACAF et l’AFC ont exprimé à leur tour leurs réserves. Les 55 fédérations européennes ont menacé de boycotter les compétitions de la FIFA. Infantino a finalement retiré son projet.
Mais le recul est arrivé trop tard pour arrêter la crise.
L’UEFA veut désormais connaître les responsabilités. Des poursuites judiciaires sont envisagées. Plusieurs responsables européens évoquent ouvertement la possibilité d’un départ du président. L’Angleterre et le pays de Galles commencent à lui retirer leur soutien.
Et voilà maintenant Donald Trump qui apparaît dans l’équation.
Pour Infantino, obtenir le soutien du président américain pourrait constituer une démonstration de puissance. Mais cette stratégie comporte un risque immense : donner à ses opposants la preuve politique d’une proximité avec le pouvoir américain qu’ils dénoncent déjà depuis plusieurs mois.
FIFA Forward Enterprise est mort. La bataille qu’il a provoquée, elle, est désormais devenue une lutte pour le contrôle de la FIFA. Et Gianni Infantino semble avoir compris que sa prochaine élection, autrefois considérée comme une formalité, pourrait devenir le combat politique le plus difficile de sa présidence.







