Le 26 février 2016, Gianni Infantino prenait les commandes de la FIFA dans un climat de crise sans précédent. Dix ans plus tard, l’institution affiche des finances records. Mais son mandat reste marqué par des choix audacieux… et des controverses persistantes.
Lorsque Infantino est élu, la FIFA sort d’un séisme. Son prédécesseur Sepp Blatter a quitté ses fonctions dans un contexte d’enquêtes judiciaires internationales et de soupçons de corruption massive. Le vide financier est estimé à plus de 500 millions de dollars après le retrait de nombreux sponsors.
Infantino, alors secrétaire général de l’UEFA, n’était pas le favori initial – Michel Platini devait logiquement lui succéder avant d’être lui aussi éclaboussé par les scandales. Présentateur des tirages de Ligue des champions, discret mais méthodique, le Suisse s’impose finalement avec la promesse d’un « nouveau départ ».
Il promet alors de « restaurer l’image de la FIFA » et d’injecter massivement des fonds dans le développement du football mondial.
Expansion et explosion des revenus
Sur le plan financier, la transformation est spectaculaire. La FIFA s’apprête à annoncer près de 13 milliards de dollars de revenus sur le cycle en cours. Le programme FIFA Forward a redistribué des milliards aux 211 associations membres, avec une hausse de 30 % des financements sur la période 2023-2026.
Chaque fédération nationale a reçu des millions supplémentaires pour infrastructures, compétitions et formation. En Afrique et en Asie, ces flux financiers ont consolidé un soutien massif à Infantino.
Mais cette prospérité repose aussi sur des choix structurels majeurs : Coupe du monde élargie à 48 équipes dès 2026, nouveau format de Coupe du monde des clubs, calendrier densifié, hausse significative du prix des billets.
Le Mondial 2026 sera le plus grand jamais organisé. Les places pour la finale au New Jersey dépassent les 3 000 livres sterling. Infantino assume : la demande est « absolument folle ».
Qatar, Arabie saoudite et relations politiques
C’est lors du Mondial 2022 au Qatar qu’Infantino devient une figure médiatique centrale. Face aux critiques sur les droits humains, il dénonce « l’hypocrisie » occidentale et prononce un discours resté célèbre : « Aujourd’hui, je me sens qatari… africain… gay… migrant ».
La FIFA valide ensuite un montage inédit pour 2030 (trois continents) ouvrant la voie quasi automatique à l’Arabie saoudite pour 2034. Cette proximité stratégique nourrit les critiques européennes.
Son lien affiché avec Donald Trump – notamment lors de la remise du controversé « FIFA Peace Prize » – accentue les tensions avec l’UEFA, qui organise même un boycott partiel d’un congrès.
Malgré les controverses, Infantino reste solidement installé. Réélu sans opposition en 2019 puis en 2023, il peut encore briguer un mandat en 2027.
Pourquoi ? Parce que, hors Europe, le bilan financier parle pour lui. Les fédérations bénéficient d’investissements concrets, visibles, structurants. Dans de nombreux pays, la FIFA n’est plus perçue comme un centre opaque, mais comme un moteur de développement.
Ses détracteurs dénoncent l’hyper-commercialisation du football et l’inflation du calendrier. Ses soutiens saluent une redistribution inédite et une transparence salariale renforcée.
Dix ans après son élection, Gianni Infantino a transformé la FIFA en une machine financière puissante, mais au prix d’une polarisation croissante avec l’Europe et les syndicats de joueurs.
Expansion, mondialisation, centralisation du pouvoir : son mandat aura redessiné le paysage du football international.







