Une nouvelle façon d’utiliser la vidéo débarque dans le football français. Pour le lancement de la Ligue 3 professionnelle, qui succède au National, la Fédération française de football a décidé de transformer son nouveau championnat en laboratoire.
Parmi les innovations retenues figure le Football Video Support, plus communément appelé FVS. Déjà expérimenté dans plusieurs compétitions internationales de jeunes, le dispositif va être utilisé pour la première fois en France.
Le principe rappelle les challenges que l’on retrouve dans d’autres disciplines : lorsqu’un entraîneur considère qu’une décision importante de l’arbitre est incorrecte, il peut demander son réexamen à l’aide des images disponibles.
Tout comprendre au FVS, le «challenge» inauguré en Ligue 3 ➡️ l.lequipe.fr/4GQ
Jamais utilisée en France, une version allégée du VAR fait son apparition dès ce vendredi en Ligue 3. Le Football Video Support permettra aux entraîneurs de solliciter eux-mêmes une révision vidéo, dans un cadre bien précis.
— L’ÉQUIPE
7 août 2026
Comment fonctionne le Football Video Support (FVS) ?
La première différence avec la VAR est fondamentale : il n’existe pas d’arbitre vidéo chargé de contrôler continuellement les décisions prises sur le terrain.
Avec le Football Video Support, l’initiative appartient aux équipes. Chaque entraîneur dispose de deux challenges par rencontre lui permettant de demander à l’arbitre de revoir une situation.
Le coach ne peut cependant pas contester n’importe quelle décision.
Comme l’a expliqué Marc Keller lors de la présentation de la nouvelle Ligue 3, le recours au FVS concerne quatre grandes situations correspondant au champ d’intervention habituel de l’assistance vidéo :
- un but ou une situation ayant conduit à un but ;
- un penalty accordé ou non accordé ;
- un carton rouge direct ;
- une erreur d’identité concernant un joueur sanctionné.
Une simple touche contestée, un coup franc au milieu du terrain ou un carton jaune classique ne permettront donc pas à un entraîneur de déclencher le dispositif.
Lorsqu’un challenge est demandé, c’est l’arbitre principal qui consulte les images disponibles avant de décider s’il maintient ou modifie sa décision initiale.
Autre particularité importante : un challenge couronné de succès n’est pas perdu. Si l’examen des images confirme que la décision initiale devait effectivement être corrigée, l’équipe conserve son recours. En revanche, lorsqu’un challenge échoue, il est décompté.
Pourquoi ce n’est pas vraiment la VAR
Présenter le FVS comme une simple VAR à la demande serait réducteur.
La VAR utilisée dans les grandes compétitions repose sur une équipe d’arbitres vidéo installée dans une régie et disposant de nombreuses caméras. Les incidents susceptibles de changer le cours d’une rencontre sont vérifiés en permanence, même lorsque personne sur le banc ne réclame d’intervention.
Avec le Football Video Support (FVS), cette surveillance systématique disparaît.
L’entraîneur doit identifier lui-même l’action litigieuse et utiliser l’un de ses challenges pour provoquer une vérification.
Le nombre d’angles disponibles sera également beaucoup plus limité. C’est précisément l’une des raisons de l’existence du FVS : permettre aux championnats qui ne disposent pas des moyens techniques et financiers nécessaires à une VAR complète de bénéficier malgré tout d’une forme d’assistance vidéo.
Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres de la FIFA, avait d’ailleurs insisté sur cette différence lors des premières expérimentations internationales : le FVS ne peut pas montrer tout ce que permet de voir une VAR équipée d’un nombre beaucoup plus important de caméras.
Cette limite sera particulièrement visible en Ligue 3.
La FFF a prévu un dispositif audiovisuel comprenant cinq caméras pour l’affiche principale de chaque journée et deux pour les autres rencontres. L’arbitre devra donc parfois prendre une décision définitive avec beaucoup moins d’angles que ceux disponibles en Ligue 1.
Pourquoi la Ligue 3 sert de laboratoire
L’introduction du FVS accompagne la naissance de la nouvelle Ligue 3 professionnelle.
La compétition, composée de 18 clubs, remplace le National et devient le premier championnat professionnel masculin directement organisé par la FFF.
Philippe Diallo et Marc Keller ont clairement affiché leur volonté d’en faire un laboratoire pour différentes innovations.
Le Football Video Support constitue la mesure la plus spectaculaire retenue pour cette première saison. D’autres idées avaient été soumises à l’IFAB, l’organisme garant des lois du jeu, notamment des exclusions temporaires, mais elles n’ont pas toutes obtenu le feu vert nécessaire.
La Ligue 3 bénéficie également pour la première fois d’un quatrième arbitre et d’une couverture télévisuelle complète. Les 309 rencontres de la saison régulière et des play-offs doivent être diffusées sur Ligue 1+.
Ce dispositif audiovisuel rend justement possible l’expérimentation du FVS.
Le challenge peut-il changer la stratégie des entraîneurs ?
C’est l’une des questions les plus intéressantes de cette expérimentation.
Avec seulement deux recours susceptibles d’être perdus, les entraîneurs devront choisir soigneusement le moment où ils souhaitent intervenir.
Utiliser un challenge dès la 15e minute sur une situation ambiguë pourrait ainsi priver une équipe d’un recours beaucoup plus important en fin de rencontre.
À l’inverse, conserver systématiquement ses challenges pourrait conduire un entraîneur à laisser passer une erreur ayant une influence directe sur le résultat.
Les staffs devront donc probablement intégrer cette nouvelle dimension dans leur lecture des rencontres. Les adjoints et analystes présents sur le banc pourraient également jouer un rôle important pour conseiller rapidement l’entraîneur.
Le dispositif introduit ainsi une responsabilité qui n’existe pas avec la VAR traditionnelle : une équipe peut voir une erreur arbitrale ne jamais être réexaminée simplement parce que son entraîneur n’a pas demandé de challenge.
C’est à la fois la principale faiblesse et l’une des grandes originalités du système.
Le futur de l’arbitrage vidéo ?
Le Football Video Support (FVS) n’est pas une invention française. Le système a notamment été testé par la FIFA lors des Coupes du monde féminines U17 et U20 en 2024 avant que les expérimentations ne soient progressivement élargies.
L’Italie a également choisi cette solution pour sa Serie C et son championnat féminin, tandis que les clubs de Championship anglais ont, eux, rejeté son introduction.
L’objectif est clair : proposer une solution intermédiaire entre l’absence totale de vidéo et la VAR complète, dont le coût et les exigences techniques rendent le déploiement difficile dans les divisions inférieures.
La France devient désormais l’un des terrains d’expérimentation de cette nouvelle philosophie.
Son succès dépendra notamment du nombre d’erreurs corrigées, du temps nécessaire aux vérifications et de la capacité des entraîneurs à utiliser intelligemment leurs deux challenges.
Si l’expérience de Ligue 3 est concluante, le « challenge » pourrait surtout ouvrir un débat beaucoup plus large : faut-il continuer à laisser la VAR contrôler toutes les situations importantes ou donner davantage de responsabilité aux équipes en leur permettant de décider elles-mêmes quand solliciter la vidéo ?
La Ligue 3 pourrait fournir une première partie de la réponse dès cette saison.







