La nouvelle réglementation de la Fédération argentine de football aurait empêché Lionel Messi de porter le maillot de l’Albiceleste. La mesure est destinée à protéger les clubs formateurs locaux.
La Fédération argentine de football (AFA) a récemment validé une règle qui ne passe pas inaperçue. Désormais, tout joueur quittant l’Argentine avant d’avoir signé un contrat professionnel avec un club local ne pourra plus être sélectionné en équipe nationale. Une décision qui vise à enrayer l’exode précoce de jeunes talents vers l’Europe, mais qui aurait pu, dans un autre contexte, bouleverser l’histoire du football argentin.
Car si cette réglementation avait existé au début des années 2000, Lionel Messi n’aurait jamais pu défendre les couleurs de son pays. Parti à seulement 13 ans au FC Barcelone depuis Newell’s Old Boys, sans contrat professionnel signé en Argentine, le futur champion du monde aurait été automatiquement exclu des sélections nationales. Un scénario inimaginable aujourd’hui, tant Messi incarne l’une des plus grandes pages de l’histoire de l’Albiceleste.
Le cas du numéro 10 n’est pas isolé. Plusieurs internationaux actuels auraient également été concernés par cette règle s’ils avaient grandi sous ce cadre réglementaire. Parmi eux, le gardien champion du monde Emiliano Martinez, mais aussi Giuliano Simeone, Emiliano Buendía, Enzo Barrenechea, Joaquin Panichelli ou encore Valentín Carboni. Tous ont quitté très jeunes le pays pour se former en Europe sans avoir scellé de contrat professionnel local.
Cette décision fait suite à des situations de plus en plus fréquentes, facilitées par la loi argentine dite de patria potestad. Celle-ci permet aux parents de décider de l’avenir contractuel de leurs enfants mineurs, même contre l’avis de leur club formateur. Dans les faits, les clubs argentins se retrouvent souvent contraints d’accepter de simples indemnités de formation, loin des montants générés par un transfert classique.
Les contraintes de cette nouvelle règle
En Argentine, un joueur peut signer son premier contrat professionnel dès l’âge de 16 ans. La nouvelle règle de l’AFA n’empêche donc pas les familles d’envoyer leurs enfants à l’étranger. Elle retire en revanche un argument de poids : la perspective de porter le maillot de la sélection nationale. Une incitation forte, pensée pour encourager les jeunes à s’engager d’abord avec un club local.
Le dossier qui a accéléré l’adoption de cette mesure est celui de Lucas Scarlato. À 16 ans, le milieu de terrain a quitté River Plate pour rejoindre Parme, en Italie, sans avoir signé professionnellement avec le club de Buenos Aires, dont il était pourtant capitaine chez les moins de 16 ans. River a dénoncé cette opération et saisi la FIFA, mettant en cause l’agent du joueur, Martin Ariel Guastadisegno, qui affirme avoir agi dans l’intérêt de la famille.
Sur le plan juridique, plusieurs experts estiment que la règle ne contrevient pas aux statuts de la FIFA. Chaque fédération reste libre de définir ses critères de sélection. Des dispositifs comparables existent d’ailleurs dans d’autres sports, comme le rugby en Angleterre, où la sélection est limitée pour les joueurs évoluant à l’étranger.
Reste à savoir si cette mesure sera réellement dissuasive. Son efficacité dépendra de sa fermeté d’application et de l’importance que les jeunes talents accorderont encore au rêve de la sélection nationale face aux opportunités économiques européennes.







