Alors qu’un match nul entre l’Algérie et l’Autriche lors de la Coupe du monde de la FIFA 2026 pourrait faire les affaires des deux équipes, un vieux démon ressurgit. Celui de la « Honte de Gijón », le scandale de 1982 qui a conduit la FIFA à modifier définitivement les règles de la phase de groupes.
Il existe des rencontres dont le résultat compte moins que l’héritage laissé à l’histoire. Le 25 juin 1982, dans la chaleur de Gijón, la Coupe du monde bascule dans l’un de ses plus grands scandales. Pendant quatre-vingts minutes, le ballon circule sans ambition, sans pressing, sans la moindre volonté de marquer. Dans les tribunes, les sifflets couvrent les commentaires. Devant leurs téléviseurs, des millions de supporters assistent, incrédules, à ce qui ressemble davantage à une mise en scène qu’à un match de football.
La victime s’appelle l’.
Le calcul parfait qui condamne l’Algérie
Quelques heures plus tôt, les Fennecs ont pourtant fait leur part du travail. Ils viennent de battre le Chili (3-2), terminant leur phase de groupes avec quatre points selon l’ancien barème. Après avoir créé l’exploit contre l’Allemagne de l’Ouest (2-1) lors du match d’ouverture, l’Algérie croit encore à une qualification historique.
Mais tout repose désormais sur la dernière rencontre du groupe.
Les calculs sont simples : une victoire allemande par un ou deux buts d’écart qualifie simultanément l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche. Toute autre issue pourrait offrir aux Algériens leur billet pour le tour suivant.
À la 10e minute, Horst Hrubesch inscrit le but attendu. Et soudain… plus rien.
« Le football s’est arrêté pendant quatre-vingts minutes. »
Les Allemands conservent le ballon sans attaquer. Les Autrichiens refusent de presser. Les passes latérales se multiplient sous les huées d’un public espagnol médusé.
Les supporters scandent « Fuera ! Fuera ! » tandis que d’autres crient « Algérie ! Algérie ! ». Certains agitent même des billets de banque pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un match arrangé.
Une indignation mondiale qui change les règles de la FIFA
Rarement une retransmission télévisée aura été aussi violente dans les commentaires.
Le journaliste autrichien Robert Seeger, en direct sur ORF, ne cache plus sa colère.
« C’est le jour le plus noir du football autrichien. Éteignez votre télévision, je refuse de commenter ce simulacre. »
En Allemagne, son confrère Eberhard Stanjek, sur ARD, est tout aussi sévère.
« Ce que nous voyons ici n’a plus rien à voir avec le football. »
Même parmi les supporters allemands, la honte est immense. L’un d’eux brûle son drapeau national face au banc de touche de la Mannschaft.
Après le match, la colère algérienne explose.
La légende des Fennecs, Rabah Madjer, ne mâche pas ses mots.
« C’était flagrant. Un scandale absolu. Ils ont tué le football ce jour-là. »
Pourtant, du côté des deux équipes européennes, les premières réactions respirent le cynisme.
Le sélectionneur allemand Jupp Derwall assume totalement.
« Nous voulions nous qualifier, pas jouer au football. »
Le chef de la délégation autrichienne, Hans Tschak, va encore plus loin en affirmant que les Algériens n’avaient qu’à mieux négocier leur compétition, une déclaration qui alimentera encore davantage la polémique.
Des années plus tard, certains acteurs finiront toutefois par reconnaître l’évidence. Le défenseur allemand Hans-Peter Briegel admettra qu’après l’ouverture du score, un accord implicite s’était installé sur le terrain.
Il présentera même ses excuses au peuple algérien.
Si la ne pourra jamais prouver l’existence d’un véritable arrangement, elle prendra néanmoins une décision historique. Depuis cette affaire, les deux derniers matchs d’un même groupe de Coupe du monde se disputent obligatoirement à la même heure afin d’empêcher toute manipulation liée aux calculs de qualification.
Quarante-quatre ans plus tard, la « Honte de Gijón » demeure l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du football. Un match sans cartons rouges, sans violence et presque sans occasions… mais dont les conséquences ont profondément transformé la Coupe du monde.
Paradoxalement, cette immense tricherie a permis au football de se protéger durablement. C’est peut-être la seule victoire sortie de cette soirée où l’esprit du jeu avait complètement disparu.







