Depuis sa nomination à la tête des Bleus en juillet 2012, Didier Deschamps a ramené l’équipe de France au sommet du football mondial. Champion du monde en 2018, finaliste de l’Euro 2016, finaliste du Mondial 2022 et vainqueur de la Ligue des nations 2021, son bilan reste exceptionnel. Mais un règne aussi long laisse forcément des zones d’ombre. En quatorze ans, le sélectionneur a aussi accumulé des choix contestés, des blocages tactiques et des épisodes mal gérés qui ont nourri les critiques. Voici les plus grandes erreurs de Didier Deschamps.
La première grande erreur de Deschamps tient à sa gestion de certains cadres ou ex-cadres. Le cas Karim Benzema reste le plus emblématique. Écarté pendant plusieurs années après l’affaire de la sextape, rappelé avant l’Euro 2021, puis reparti dans un climat flou avant la Coupe du monde 2022, l’attaquant du Real Madrid a incarné une fracture durable autour des Bleus. Le sélectionneur a toujours défendu sa gestion, mais l’épisode du Qatar a laissé une impression d’inachevé, avec des versions différentes et une polémique qui a continué longtemps après le tournoi.
Cette fermeté, souvent présentée comme une force de management, a parfois donné l’image d’un sélectionneur trop attaché à son cercle de confiance. Deschamps a construit ses succès sur la stabilité, mais cette stabilité s’est parfois transformée en conservatisme. Certains joueurs en forme ont longtemps attendu leur chance, tandis que d’autres, moins performants en club ou en sélection, ont conservé une place importante grâce à leur vécu dans le groupe.
Le choix de confier le brassard de capitaine à Kylian Mbappé après la retraite internationale d’Hugo Lloris a aussi laissé des traces. Sportivement logique, cette décision a été perçue comme un tournant dans la hiérarchie du vestiaire, notamment vis-à-vis d’Antoine Griezmann, longtemps considéré comme le relais naturel du sélectionneur sur le terrain. L’équilibre humain des Bleus, si précieux dans les grandes compétitions, a semblé plus fragile par la suite.
Des erreurs de Didier Deschamps dans les grands rendez-vous
La finale de l’Euro 2016 reste l’un des grands regrets de l’ère Deschamps. À domicile, contre un Portugal privé très tôt de Cristiano Ronaldo, la France avait une occasion immense de soulever le trophée. Mais les Bleus n’ont jamais réussi à emballer durablement le match. Le but d’Eder en prolongation a puni une équipe française trop prudente, incapable de faire basculer une finale pourtant largement à sa portée.
L’élimination contre la Suisse à l’Euro 2021 constitue sans doute l’échec tactique le plus net. Ce soir-là, Deschamps avait bricolé son animation défensive, notamment avec une défense à trois mal maîtrisée. La France menait pourtant 3-1 avant de s’écrouler dans les dernières minutes et de sortir aux tirs au but. Plus qu’un accident, ce match a exposé une équipe mal équilibrée, trop sûre d’elle, et un sélectionneur qui n’a pas su corriger assez vite les déséquilibres.
La finale de la Coupe du monde 2022 contre l’Argentine offre un autre exemple. Les Bleus ont été inexistants pendant plus d’une heure, dominés dans l’intensité, la possession et les duels. Deschamps a eu le mérite de réagir très tôt avec les sorties d’Olivier Giroud et Ousmane Dembélé avant la pause, mais cette correction rapide disait aussi quelque chose de la préparation ratée du match. La France est revenue par miracle grâce à Mbappé, mais son entame catastrophique reste l’un des plus grands ratés tactiques du sélectionneur.
À l’Euro 2024, le problème a été différent mais tout aussi révélateur. Les Bleus ont atteint les demi-finales, mais avec un jeu offensif extrêmement pauvre. Avant la demie perdue contre l’Espagne, la France avait traversé la compétition avec très peu de buts dans le jeu, au point que Deschamps a dû défendre publiquement son style face aux critiques. Reuters a rappelé après l’élimination que les Bleus n’avaient inscrit que quatre buts en six matches, avec un seul but dans le jeu.
Une attaque trop souvent sacrifiée au nom de l’équilibre
Le grand reproche fait à Didier Deschamps reste son rapport au jeu. Il a toujours privilégié l’efficacité, le bloc, la transition et la sécurité. Cette approche a offert un titre mondial. Mais elle a aussi limité le potentiel offensif d’une génération exceptionnelle. Avec Mbappé, Griezmann, Benzema, Giroud, Dembélé, Coman, Thuram ou Kolo Muani selon les périodes, la France a souvent eu de quoi produire davantage.
L’utilisation d’Antoine Griezmann illustre ce débat. Joueur essentiel entre les lignes, capable d’organiser, de presser et de créer, il a parfois été déplacé pour répondre aux besoins du système. Avant l’Euro 2024, L’Équipe soulignait déjà que le choix de rapprocher Mbappé du but avait conduit Deschamps à positionner Griezmann plus haut, au risque de réduire son influence dans la construction.
Ce choix du “tout pour Mbappé” a parfois déséquilibré l’animation offensive. Mbappé reste évidemment l’arme majeure des Bleus, mais l’équipe de France a souvent semblé trop dépendante de ses accélérations. Quand il est moins bien, comme lors de l’Euro 2024 après sa blessure au nez, tout le collectif se grippe. Le Monde a d’ailleurs souligné après France-Espagne que l’échec des Bleus posait des questions sur le style de jeu et la stratégie offensive autour de Mbappé. 6
Enfin, Deschamps a parfois trop tardé à renouveler ses idées. Il a su intégrer de nouveaux talents, mais rarement changer profondément son logiciel. Sa France gagne souvent par maîtrise mentale plus que par domination collective. C’est une qualité dans les tournois, mais aussi une limite quand l’adversaire impose un rythme supérieur, comme l’Espagne en 2024 ou l’Argentine en 2022.
Au fond, les erreurs de Didier Deschamps ne doivent pas effacer son immense réussite. Peu de sélectionneurs ont installé leur pays aussi longtemps au sommet. Mais son règne restera aussi marqué par une question persistante : avec autant de talent, la France aurait-elle pu gagner encore plus en osant davantage ? C’est peut-être là, plus que dans une liste ou un changement raté, la plus grande limite de son passage à la tête des Bleus.







