De Stanley Matthews à Ousmane Dembélé, le Ballon d’Or raconte près de 70 ans d’histoire du football. Entre évolution des critères, sacres légendaires et polémiques persistantes, retour sur le trophée individuel le plus convoité du monde.
En décembre 1956, France Football remet pour la première fois un trophée en forme de ballon doré. Imaginé par les journalistes Gabriel Hanot et Jacques Ferran, le Ballon d’Or devait récompenser « le footballeur européen de l’année ». Stanley Matthews, vétéran anglais de Blackpool, entre ainsi dans l’histoire comme le premier lauréat, devant Alfredo Di Stéfano et Raymond Kopa.
À l’époque, seuls les joueurs européens pouvaient prétendre à cette distinction. Une règle qui a longtemps frustré les amateurs de Pelé ou Maradona, deux icônes restées en marge du palmarès officiel.
L’ouverture au monde
Le tournant intervient en 1995. Désormais, tout joueur évoluant en Europe, quelle que soit sa nationalité, peut concourir. George Weah, attaquant du Milan AC, devient le premier Africain couronné. Une victoire historique, symbole d’un football en pleine mondialisation.
En 2007, le Ballon d’Or franchit une nouvelle étape : le trophée s’ouvre à tous les footballeurs de la planète. Depuis, il est attribué sur la base d’un vote international de journalistes issus du top 100 du classement FIFA. Entre 2010 et 2015, il fusionne même avec le titre de Meilleur joueur FIFA, avant que l’accord ne prenne fin et que l’identité originelle du prix soit restaurée.
Depuis 2022, la récompense n’est plus attribuée sur l’année civile mais sur la saison sportive, pour mieux coller au rythme du calendrier.
Des critères officiels… et beaucoup de débats
Trois piliers guident le vote :
- Les performances individuelles (statistiques, gestes décisifs, régularité)
Les performances collectives (succès en club et en sélection)
La classe et le fair-play
Dans les faits, le poids des trophées collectifs et la surexposition médiatique ont souvent alimenté des polémiques. Philipp Lahm avait dénoncé un « concours de popularité », tandis que Mourinho pointait une « récompense biaisée vers les attaquants ». Un constat partagé par beaucoup, puisque les gardiens et défenseurs sacrés se comptent sur les doigts d’une main : Lev Yachine (1963), Franz Beckenbauer, Fabio Cannavaro.
Les légendes du Ballon d’Or
Le palmarès est dominé par deux noms : Lionel Messi (8 sacres) et Cristiano Ronaldo (5). À eux deux, ils ont écrasé les votes pendant quinze ans. Derrière eux, Johan Cruyff, Michel Platini et Marco van Basten restent des références avec trois titres chacun.
Certains trophées ont marqué leur temps : l’épopée de George Weah en 1995, le sacre inattendu de Michael Owen en 2001, ou encore la récompense de Luka Modrić en 2018 après le Mondial russe. En 2025, c’est Ousmane Dembélé qui a écrit l’histoire, devenant le premier Français depuis Jean-Pierre Papin à être élu meilleur joueur du monde.
Avec 12 Ballons d’Or chacun, le Real Madrid et le FC Barcelone dominent le classement des clubs. Côté pays, la France et l’Argentine partagent la première place avec huit trophées, devant l’Allemagne, le Portugal et les Pays-Bas (7).
Cette concentration illustre à quel point les Ballons d’Or reflètent la puissance des grandes ligues européennes, même si l’ouverture au monde a permis d’élargir les horizons.
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### Polémiques et frustrations
Comme tout prix individuel dans un sport collectif, le Ballon d’Or suscite son lot de débats. Diego Maradona jamais récompensé, Robert Lewandowski privé du trophée en 2020 après son annulation pour cause de pandémie, ou encore les votes contestés de 1996 et 2001.
Ces polémiques nourrissent l’aura du trophée : chaque année, les discussions s’enflamment bien avant la cérémonie.
Au-delà du palmarès, le Ballon d’Or est devenu un marqueur culturel. Il symbolise la consécration ultime pour un joueur, une trace éternelle dans l’histoire du sport.
De Stanley Matthews à Ousmane Dembélé, en passant par Messi et Ronaldo, ce trophée raconte sept décennies d’évolution du football mondial. Il résume à la fois la gloire individuelle et l’injustice inhérente à ce sport collectif. Et chaque automne, la même question revient, implacable : qui sera le prochain à entrer dans la légende ?







