À bientôt 41 ans, Cristiano Ronaldo n’a rien perdu de son pouvoir d’influence. Ni de sa capacité à provoquer des secousses. En Arabie saoudite, son silence et ses absences parlent désormais plus fort que ses buts.
Le geste n’a rien d’anodin. Lorsque Cristiano Ronaldo a disparu de la feuille de match face à Al Riyadh, ce n’était ni une précaution physique, ni une gestion de temps de jeu. C’était un message. Clair, assumé, presque politique. Et dans un championnat façonné par le pouvoir et l’image, le message a résonné très loin.
Depuis plusieurs semaines, le Portugais ne cache plus son malaise. Selon les informations du quotidien Record, Cristiano Ronaldo estime que la stratégie du Fonds souverain saoudien (PIF), propriétaire des principaux clubs du pays, pénalise directement Al Nassr. En ligne de mire : une politique de transferts jugée déséquilibrée, notamment après le transfert de Karim Benzema vers Al Hilal, perçu comme « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».
Le timing est cruel. Après 19 journées, un seul point sépare Al Nassr du leader Al Hilal. Dans une lutte aussi serrée, chaque décision compte. Et Ronaldo, ultra-compétiteur, vit mal l’idée que son club puisse être bridé au profit d’un rival direct. Pour lui, l’équité sportive n’est plus garantie.
Le malaise dépasse pourtant le simple cadre du terrain. En interne, Cristiano aurait le sentiment de ne pas recevoir le respect qu’il estime mériter. Record insiste sur ce point : CR7 rappelle en privé son rôle central dans l’explosion médiatique et sportive du football saoudien. Son arrivée, fin 2022, a servi de déclencheur à une vague de recrutements sans précédent. Il a aussi accepté d’endosser le rôle d’ambassadeur du Mondial 2034, futur projet phare du royaume. Un engagement symbolique fort. Qui, selon lui, n’est plus honoré à sa juste valeur.
Son contrat court pourtant jusqu’en 2027, avec un salaire estimé à près de 200 millions d’euros annuels. Mais là encore, Ronaldo a anticipé. Une clause de sortie, fixée à 50 millions d’euros, pourrait lui permettre de forcer un départ dès le mois de juin. À presque 41 ans, le Portugais sait que les opportunités ne dureront pas éternellement. Elles existent pourtant toujours.
Les États-Unis apparaissent comme une option crédible. Un championnat en pleine croissance, un marché à forte exposition, et un contexte moins conflictuel. Mais un retour en Europe, aussi improbable qu’il paraisse, n’est pas totalement exclu. Il faudrait un club capable d’assumer le coût du transfert… et la portée symbolique d’un tel retour.
En Arabie saoudite, certains semblent déjà se préparer à son départ. Le journaliste Adel Al-Mulhim n’a pas mâché ses mots :
« Ils lui ont promis. Il a attendu. Ils l’ont déçu. Merci, phénomène. Adieu. »
Une sortie lourde de sens, reflet d’un climat de rupture.
Plus troublant encore : le silence organisé autour d’Al Nassr après la victoire face à Al Riyadh. Aucun joueur en zone mixte, pas de conférence de presse. Un blackout total, qui en dit long sur le soutien tacite du club à son leader. Quitte à risquer une sanction disciplinaire, évaluée à environ 6 700 euros. Un détail, à l’échelle de l’enjeu.
Depuis toujours, Cristiano Ronaldo fonctionne ainsi. À Lisbonne, Manchester, Madrid, Turin ou Riyad, il a souvent quitté les lieux lorsque le rapport de force ne lui semblait plus favorable.







