Dépenser beaucoup ne garantit rien. Le Real Madrid en sait quelque chose.
Si le club espagnol peut se féliciter d’avoir transformé certaines opérations spectaculaires en immenses réussites, de Cristiano Ronaldo à Gareth Bale en passant plus récemment par Jude Bellingham, son histoire comporte également quelques accidents industriels.
L’arrivée de Yan Diomandé pour 140 millions d’euros remet forcément ces précédents sur la table. À seulement 19 ans, l’Ivoirien devient la recrue la plus chère de l’histoire madrilène. Avec le prix viennent désormais des attentes immenses.
Voici cinq transferts coûteux du Real qui, sportivement, n’ont jamais réellement justifié l’investissement réalisé.
1. Eden Hazard : le plus grand accident industriel
Montant : 121 millions d’euros
S’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait probablement lui. Lorsque le Real Madrid recrute Eden Hazard à Chelsea en 2019, le Belge arrive au sommet de son art.
Hazard sort de sept saisons en Premier League, vient de remporter la Ligue Europa avec Chelsea et doit devenir la nouvelle superstar offensive madrilène après le départ de Cristiano Ronaldo un an auparavant.
Le mariage rêvé ne fonctionnera pratiquement jamais.
Entre blessures, problèmes physiques et difficultés à retrouver son explosivité, Hazard ne parvient pas à devenir le joueur autour duquel l’attaque madrilène devait être reconstruite.
Son bilan est terrible au regard des attentes : seulement 7 buts en 76 rencontres toutes compétitions confondues avec le Real Madrid.
Le Belge remportera certes de nombreux trophées collectifs, dont la Ligue des champions, mais sans jouer le rôle majeur imaginé lors de son recrutement.
Il quittera finalement Madrid en 2023, un an avant la fin de son contrat, puis annoncera quelques mois plus tard sa retraite.
Au regard du prix, du salaire et surtout du statut avec lequel il était arrivé, Hazard reste l’un des plus grands flops de l’histoire du mercato madrilène.
2. Luka Jović : 60 millions et presque aucun but
Montant : environ 60 millions d’euros
Quelques semaines avant Hazard, le Real Madrid avait déjà réalisé un autre investissement majeur.
Luka Jović débarquait de l’Eintracht Francfort après une saison 2018-2019 impressionnante. L’attaquant serbe avait inscrit 27 buts toutes compétitions confondues et apparaissait comme l’un des jeunes avant-centres les plus prometteurs d’Europe.
Madrid investit environ 60 millions d’euros pour préparer l’après-Benzema et offrir une véritable alternative au Français.
Le résultat sera très loin des attentes.
Jović ne réussit jamais à s’imposer dans le système madrilène. Son manque de continuité, la concurrence de Karim Benzema et plusieurs problèmes physiques réduisent progressivement son importance.
Il ne marque que trois buts en 51 apparitions avec le Real.
Le symbole économique de l’échec arrive en 2022 : trois ans après l’avoir acheté pour environ 60 millions d’euros, Madrid le laisse partir à la Fiorentina sans véritable indemnité de transfert.
3. Kaká : un Ballon d’Or rattrapé par son corps
Montant : environ 67 millions d’euros
Le cas Kaká nécessite davantage de nuance.
Le Brésilien n’a pas été catastrophique sous le maillot madrilène. Mais lorsqu’un club investit environ 67 millions d’euros sur un Ballon d’Or encore considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde, les attentes sont nécessairement immenses.
Recruté à l’AC Milan en 2009 au début du second mandat de Florentino Pérez, Kaká devait former avec Cristiano Ronaldo l’un des duos les plus spectaculaires de la planète.
Les blessures vont bouleverser le scénario.
Des problèmes récurrents au genou et aux adducteurs l’empêchent de retrouver durablement le joueur extraordinaire aperçu à Milan. Pendant ce temps, Mesut Özil s’impose progressivement dans le rôle de meneur de jeu sous José Mourinho.
Kaká conserve quelques séquences de très haut niveau et termine son passage madrilène avec des statistiques honorables. Mais jamais il ne retrouve son statut de superstar mondiale.
Il retourne finalement gratuitement à l’AC Milan en 2013.
Pas un désastre sportif comparable à Hazard ou Jović, donc, mais incontestablement un rendement très inférieur à celui attendu d’un transfert aussi prestigieux.
4. Asier Illarramendi : le successeur de Xabi Alonso qui ne l’a jamais été
Montant : environ 32 millions d’euros
Le montant paraît presque modeste à l’échelle du marché actuel. En 2013, il représentait pourtant un investissement considérable.
Le Real Madrid débourse environ 32 millions d’euros pour arracher Asier Illarramendi à la Real Sociedad. À seulement 23 ans, le milieu espagnol est considéré comme l’un des grands talents de sa génération et comme un possible héritier de Xabi Alonso.
La comparaison va rapidement devenir trop lourde.
Illarramendi peine à imposer sa personnalité et son jeu dans un environnement où la pression est incomparable avec celle connue à Saint-Sébastien.
Un épisode reste particulièrement associé à son passage : son match extrêmement compliqué contre le Borussia Dortmund en quart de finale retour de Ligue des champions 2014.
Carlo Ancelotti perd progressivement confiance en lui et l’arrivée de Toni Kroos réduit encore davantage son espace.
Deux ans après son recrutement, Illarramendi retourne finalement à la Real Sociedad pour une somme nettement inférieure.
5. Jonathan Woodgate : un premier match devenu légendaire… pour les mauvaises raisons
Montant : environ 18 millions d’euros
Il n’est pas le plus cher de cette sélection, mais il reste impossible de parler des flops du Real Madrid sans évoquer Jonathan Woodgate.
En 2004, Madrid investit environ 18 millions d’euros pour recruter le défenseur anglais de Newcastle malgré des inquiétudes concernant son état physique.
La suite tourne au cauchemar.
Blessé, Woodgate doit attendre plus d’un an avant de disputer son premier match officiel avec le Real Madrid.
Et lorsque ce jour arrive enfin face à l’Athletic Bilbao en septembre 2005, l’histoire devient presque irréelle.
Pour ses débuts au Santiago-Bernabéu, l’Anglais marque contre son camp avant d’être expulsé après avoir reçu deux cartons jaunes.
Difficile d’imaginer une première apparition plus catastrophique.
Woodgate parviendra ensuite à montrer ponctuellement ses qualités lorsqu’il est disponible, mais son corps ne lui permettra jamais de s’installer durablement. Il ne disputera finalement qu’une poignée de rencontres avec Madrid avant de retourner en Angleterre.
Hazard, Jović, Kaká… un avertissement pour Yan Diomandé ?
Ces cinq histoires racontent surtout une réalité du mercato : le prix d’un joueur ne prédit jamais sa réussite.
Eden Hazard était une superstar de Premier League. Kaká avait remporté le Ballon d’Or. Luka Jović sortait d’une saison exceptionnelle. Illarramendi était considéré comme l’un des milieux espagnols les plus prometteurs de sa génération.
Aucun n’a pourtant réussi à répondre pleinement aux attentes placées en lui au Real Madrid.
À l’inverse, Cristiano Ronaldo a largement rentabilisé les 94 millions d’euros investis en 2009, tandis que Jude Bellingham a très rapidement assumé le poids financier de son transfert.
C’est précisément ce qui rend le cas Yan Diomandé fascinant.
Avec 140 millions d’euros investis, l’international ivoirien arrive désormais avec une pression financière encore supérieure à celle qui accompagnait Hazard, Bellingham, Bale ou Cristiano Ronaldo.
Et contrairement à ces joueurs, Diomandé n’a que 19 ans.
Madrid ne lui demande évidemment pas de justifier 140 millions d’euros en quelques semaines. Mais l’histoire du club rappelle une règle impitoyable : au Santiago-Bernabéu, plus le prix est élevé, moins le droit à l’erreur est important.
Le Real vient peut-être de recruter sa prochaine superstar. Ou d’effectuer le pari financier le plus risqué de son histoire. Seul le terrain permettra de trancher.







